« En fait, c’est très bien l’école »

Peindre librement, et bien plus

Texte : Andrea Kret

Une école démocratique... Différente, en tout cas. Et passionnante. Mais que cache au juste ce concept ? Je vais bientôt le savoir, car je vais passer deux jours à l’école FREIWÄRTS.

Dans l’entrée, j’enfile rapidement mes chaussons – c’est comme ça que ça se passe ici – et me voilà déjà au cœur du cercle du matin, qui constitue le point de départ de la journée. On y discute de ce qu’il y a à régler : qui est présent aujourd’hui, qui est absent ? Qui range les portemanteaux ? Les enfants apprennent qu’il va y avoir un cours de ping-pong où ils vont pouvoir apprendre à servir et à smasher. Tandis que les enfants les plus âgés passent rapidement à autre chose, les élèves de primaire consacrent plus de temps au cercle du matin. C’est parce qu’ils racontent beaucoup de bêtises, m’explique Mona[1], collégienne, qui s’est tout de suite liée d’amitié avec moi.

Peu avant 9 h 30, les enfants sont rassemblés pour le premier cours de la journée. Erika, directrice et fondatrice de l’école, passe dans les salles et cherche dans tous les coins de la cour jusqu’à ce qu’elle ait trouvé tous les enfants. Certains d’entre eux ne savent pas encore lire l’heure et donc quand les cours commencent. D’autres sont tellement plongés dans leur jeu qu’ils ne se rendent pas compte du temps qui passe. Erika m’invite aussi à la suivre, car je confonds les salles et je ne me suis pas installée au bon endroit.

« Sing together » : tel est le programme de ce début de matinée. Avec les enfants et Erika, je chante une chanson de Lena que je ne connais pas, mais qu’un des enfants a demandée. Erika m’assure que ce n’est pas grave si je ne sais pas vraiment chanter. Le principal, c’est d’y prendre du plaisir. Je me débrouille. La petite fille à ma gauche regarde de temps en temps pour vérifier que je chante aussi. « Au fait, pourquoi la chanson s’appelle-t-elle “Thank you” ? Pourquoi Lena remercie-t-elle pour les échecs qu’elle a vécus ? », demande Erika, une fois la chanson terminée. Les enfants réfléchissent. Peut-être parce qu’elle est plus forte après ? « C’est ce qu’elle dit : I am stronger now », explique une petite fille. « Ça veut dire “Je suis plus forte”. » Un autre enfant approuve de la tête.

L’univers des chiffres

Après le chant, place à l’« Univers des chiffres ». Aujourd’hui, seule la petite Ilma participe : les autres sont malades ou veulent absolument continuer à jouer avec leurs amis qu’ils ne verront plus pendant un moment, à cause des vacances qui commencent bientôt. Ilma peint un mur de chiffres au tableau : les fondations sont constituées de nombreuses briques, sur lesquelles elle inscrit un chiffre à la fois. La somme des deux briques adjacentes indique la valeur de la brique située au-dessus. Le mur des chiffres et d’autres exercices semblables permettent à Ilma d’entrer en contact avec les chiffres et d’apprendre à additionner de manière ludique. Il en va de même pour le « pays des lettres », qui se déroule le mardi, à ceci près qu’il met l’accent sur les lettres et les premiers mots. Tandis que l’élève et l’enseignante se demandent si l’on peut aussi construire le mur des chiffres de haut en bas (contrairement aux véritables bâtiments, l’opération est possible, même si elle est plus difficile), une autre petite fille arrive pour participer. Karina, l’enseignante, leur confie un truc pour additionner certains chiffres difficiles : « Si vous avez un 9 et un 5, vous pouvez transformer le 9 en 10. 10 et 5 font 15. Puis vous déduisez 1, car vous aviez un 9 et pas un 10 » – Astucieux !

Mais les deux petites filles n’ont pas appris que cela aujourd’hui. Karine explique le signe égal utilisé par les vrais mathématiciens : on peut imaginer que c’est une balance dont les deux côtés doivent être équilibrés. Les chiffres romains sont aussi à l’ordre du jour : Ilma découvre que son nom compte pour 1051 (M = 1000, L = 50, I = 1). Je constate que malgré les nombreuses lettres de mon prénom, je ne compte que pour 500. Seul le D est utilisé en chiffres romains – quel dommage !

Pour sculpter, on s’assoit !

Chaque jour, l’école FREIWÄRTS organise trois à quatre cours, mais l’emploi du temps hebdomadaire évolue en permanence. Parfois, le conseil d’école hebdomadaire valide de nouveaux cours demandés par quelqu’un, tandis que d’autres disparaissent, car plus personne ne s’y intéresse. En ce moment, les enfants peuvent s’adonner à la sculpture sur bois et créer ainsi tout ce qui leur passe par la tête. Ils ne savent absolument pas ce qu’il en sortira à la fin, au même titre que je ne sais pas non plus comment va évoluer l’article que je suis en train d’écrire. Celles et ceux qui ont besoin d’inspiration disposent de 50 cartes présentant des idées et des indications : une cuillère à reproduire, une petite toupie ou encore une patère. Mais la règle la plus importante, c’est que pour sculpter, il faut s’asseoir. Et qu’il faut toujours sculpter en s’éloignant du corps.

L’initiative de ce cours revient aux garçons, il a ensuite été validé par le conseil d’école. Il en va de même pour l’« expérimentation ». Ou les « Access Bars », une méthode d’imposition des mains. Les « Bars » sont proposés par une élève qui souhaite faire découvrir aux autres cette méthode de travail énergétique. Mais l’heure de gloire de ce cours semble passée, il sera vraisemblablement bientôt remplacé par un autre. En ce moment, l’espagnol est très populaire : trois cours sont donc proposés chaque semaine, pour les débutants et les avancés. Le vendredi, l’enseignante d’anglais vient donner essentiellement des cours particuliers – tout le monde a constaté que c’est ce qui fonctionne le mieux dans cette matière.

Les cours s’adaptent toujours aux besoins des enfants. On leur propose ce qui les intéresse. Il y a déjà eu un cours de programmation, un cours de blague, un cours de dessin et de peinture, un cours de Rubik’s Cube et un cours de culture générale. Ici, les enseignants ne jouent pas un rôle classique, ils ne sont là qu’en soutien – les enfants apprennent en autonomie. Ils peuvent aussi diriger eux-mêmes un cours, et c’est même tout à fait souhaitable. Ceux qui savent quelque chose le transmettent aux autres. Cela fonctionne comme le troc auparavant, lorsqu’il n’y avait pas encore d’argent : tu as quelque chose que je souhaite avoir – je pourrais peut-être te proposer quelque chose en échange plus tard. C’est donnant-donnant. Le déroulement des cours n’est pas défini au préalable, il évolue et change en fonction des participants, de leur humeur, de leur intérêt du moment. Les enseignants observent ce qui se passe pendant la demi-heure ou l’heure qui y est consacrée. D’ailleurs, les idées de cours ne viennent pas d’eux, mais des enfants. Il peut toutefois arriver qu’une discussion entre l’enseignante et les enfants débouche sur quelque chose, que l’on découvre des points communs qui aboutissent ensuite à un nouveau cours. Tous ceux qui le souhaitent apprennent ensemble, il n’y a pas de niveaux.

Je demande à Karina : « Et si quelqu’un voulait apprendre le japonais ? » La personne qui le souhaite ferait une demande auprès du conseil d’école. Si le cours est créé, tout le monde réfléchit à la manière de le mettre en œuvre. Plusieurs solutions existent : soit une enseignante parle déjà japonais et l’enseigne aux autres, soit on opte pour un logiciel d’apprentissage que l’on installe sur les ordinateurs de l’école, soit on embauche quelqu’un qui enseigne la langue.

Forêt, champignon, grenouille – tant de choses à découvrir

Sur l’emploi du temps, le mot « forêt » apparaît. Ça me paraît intéressant, je me renseigne. Une fois par semaine, les adultes et les enfants se rendent en forêt. Située aux portes de Hambourg, l’école est entourée de bois. Ensemble, le groupe observe ce qu’il rencontre : parfois ce sont des grenouilles, parfois des champignons. Voilà une excellente occasion de courir chez mamie après l’école et de lui soutirer le livre sur les champignons qui se trouve dans la bibliothèque ! Et de l’amener à l’école le lendemain pour que tout le monde puisse découvrir les champignons qui poussent dans nos forêts. Une fois, ce sont des déchets que les enfants ont trouvés en forêt, de vieux appareils qui n’avaient rien à faire là. Dès leur retour, ils ont cherché qui ils pouvaient informer, ont appelé et expliqué leur affaire. Encore une fois, ils ont appris quelque chose. Et un jour, les déchets ont été enlevés.

Ici, l’apprentissage se fait sur la base du volontariat. C’est pour cela qu’il fonctionne aussi bien. Chaque enfant décide lui-même ce qu’il souhaite apprendre, ce qui explique pourquoi il est si motivé. Les enfants apprennent d’abord les uns des autres : quand l’un d’eux constate que sa camarade est capable de programmer des supers trucs sur ordinateur, il veut absolument savoir faire la même chose. Il a peut-être déjà en tête ce qu’il pourra en faire. Il se fait donc tout expliquer par sa voisine. En effet, l’apprentissage fonctionne encore mieux quand la personne qui m’explique quelque chose a le même âge que moi ou se trouve dans une situation similaire.

Avant tout, les enfants apprennent librement, par exemple en faisant voler un avion et en constatant qu’il existe quelque chose qu’on appelle la pesanteur. Plus tard, quand les examens approchent, les cours se font plus structurés : outre l’allemand, l’anglais et les maths, qui sont obligatoires, les élèves choisissent certaines matières ou spécialités pour lesquelles ils souhaitent passer un examen et s’inscrivent aux cours de préparation correspondants. L’école comprenant dix niveaux, ils peuvent passer l’équivalent allemand du brevet des collèges français.  

Les cours de préparation ont lieu en groupes, mais les élèves y apprennent aussi en fonction de leurs besoins et à leur rythme. À la fin de la journée, les enfants ont pour objectif de récapituler de manière autonome ce qu’ils ont appris. Un tuteur ou une tutrice les accompagne vers le diplôme et leur apporte son soutien. En général, les tuteurs sont choisis par les élèves, car pour bien apprendre, il faut être accompagné par une personne que l’on apprécie et à laquelle on développe un certain attachement.

Outre les heures de tutorat, les élèves s’aident aussi mutuellement. Mais cela s’applique à toutes les autres situations. En rentrant dans la salle commune, je vois quelques jeunes enfants en train de jouer aux échecs. Une fille un peu plus âgée les accompagne et leur explique certaines choses de temps en temps. Une petite fille vient me voir et me demande de but en blanc quel est mon animal préféré. J’hésite, je réfléchis rapidement : le chien ! Quand je lui demande le sien, j’apprends qu’il s’agit de l’éléphant. Je lui demande pourquoi, mais elle est déjà partie, car ses camarades l’ont appelée pour jouer.

Plus de démocratie pour les enfants

Pourquoi l’école FREIWÄRTS se qualifie-t-elle de démocratique ? Car ici, les enfants peuvent largement participer aux décisions. D’une part, ils décident tous ensemble, au sein du conseil d’école, de l’utilisation d’une part du budget de l’école : ce qui est acheté, quels sont les matériaux nécessaires pour un cours, par exemple. Le conseil d’école permet aussi de discuter des règles, de les mettre en place, de les modifier si besoin et parfois même de les supprimer. Les enfants ne se contentent pas de choisir les cours qui auront lieu, ils choisissent également librement d’y participer ou pas, un jour donné. Et si les maths ne les inspirent pas, ils peuvent aller se promener dans la cour et rester plongés dans leurs pensées, se retirer dans un petit coin douillet ou encore chahuter avec les autres. – Je vois d’ailleurs quelques enfants courir dehors pieds nus et automatiquement, je pense : « Brrr ! ». Nous sommes quand même fin septembre, j’ai déjà sorti mon écharpe et mon bonnet de l’armoire. D’un autre côté, si cela ne les dérange pas, voire si cela leur fait du bien, pourquoi pas...

Dans une école démocratique, les enfants font-ils tout ce qu’ils veulent ? Absolument pas. Il y a plus de règles à l’école FREIWÄRTS que dans d’autres écoles. À la différence qu’elles sont mises en place sur la base des besoins de la communauté lors d’une réunion du conseil d’école. Chacun est libre dans la mesure où ses actions ne nuisent pas aux autres. Dans ce cas, on cherche une solution. La démocratie implique aussi que les enseignants et les élèves soient sur un pied d’égalité. Raison pour laquelle ces deux termes ne sont pas du tout utilisés ici. Les adultes parlent de personnes lorsqu’ils parlent des enfants. Le mot enfant contient en effet une forme d’évaluation et dénote une hiérarchie, au même titre que le terme d’élève. Il n’y a donc ici que des petites et des grandes personnes. Les enseignants se qualifient eux-mêmes de collaborateurs. L’égalité est aussi synonyme de tutoiement pour tous.

Même si les enseignants ne se qualifient pas comme tels, ils ont tous suivi une formation d’enseignant ou un équivalent reconnu par le ministère de l’Éducation – comme le prévoient les règles de l’établissement. Mais contrairement aux autres écoles, les collaborateurs de FREIWÄRTS s’intéressent fortement aux méthodes d’apprentissage alternatives. Pendant leur formation, ils ont voulu savoir s’il existait autre chose que ce qui les attendait dans les écoles « ordinaires » et s’il existait une forme d’enseignement tenant davantage compte de la motivation intrinsèque pour l’apprentissage. Lors de ses recherches, Karina a découvert l’école FREIWÄRTS et y met en œuvre l’idée qu’elle se fait de l’apprentissage. Malgré toutes ces libertés, l’école trouve aussi sa place dans notre système scolaire, car l’objectif est bien de répondre aux directives du ministère. Comme ailleurs, les enfants doivent atteindre un niveau de connaissance précis à un certain âge – et ils l’atteignent effectivement. Les progrès de chaque élève sont consignés par les enseignants.

Cachez donc ces smartphones !

Au bout de quelques heures, je remarque qu’il y a ici quelque chose de différent. Il y règne une tout autre atmosphère que dans les autres lieux que je connais. Au départ, je ne sais pas trop à quoi cela tient. J’interroge un enseignant : « Dis-moi, personne ne regarde son portable ici. Comment ça se fait ? » Il m’explique que les enfants déposent leurs smartphones avant le début des cours. « Ici, personne ne doit s’évader dans des mondes virtuels, il est important d’être réellement ensemble. » Quelle différence ! Au travail, en ville ou même dans un cadre privé : de nos jours, presque chaque interaction est perturbée par un regard sur le portable, par un « attends, je réponds vite fait ». Nous évoluons tous en permanence dans un monde parallèle. Quand les portables disparaissent, je me rends compte à quel point l’atmosphère est reposante. Ce merveilleux petit appareil ne semble pourtant manquer à personne. Pendant un temps mort durant lequel je ne sais trop quoi faire, je le laisse donc aussi dans ma poche. « Tu t’ennuies ? », me demande une petite fille, qui me voit un peu perdue dans l’entrée, alors que je regarde par la fenêtre. « Non, non, j’attends juste la prof d’anglais », dis-je pour me justifier. Puis j’ajoute, après une brève hésitation : « Mais tu as raison, je m’ennuie aussi un peu. » Heureusement, l’enseignante d’anglais arrive et m’emmène à son cours de compréhension orale.

Mais il y a encore autre chose de différent dans cette école. C’est la manière dont les personnes interagissent. En effet, l’école FREIWÄRTS s’est engagée à appliquer les principes de la communication non violente. Le terme « violence » ne recouvre pas seulement la violence physique. On peut être violent avec son interlocuteur de différentes manières, par les mots, mais aussi par des actions dont ce n’était peut-être pas du tout l’intention. Le psychologue Marshall Rosenberg, à l’origine de l’expression « nonviolent communication », part notamment du principe que derrière chaque action faisant du mal à un individu ou à une communauté se cache un besoin. Les sanctions pour « mauvais comportement » n’apportent donc rien : le besoin ne disparaît pas comme par magie. Tôt ou tard, il réapparaîtra à un autre endroit.

Le cercle de confiance

À l’école FREIWÄRTS, les conflits ne sont donc pas évités. Au contraire, ils constituent une chance d’améliorer les choses. Et des conflits, il y en a quelques-uns – comme partout où des personnes différentes ayant des besoins différents se rencontrent. Dans un premier temps, les participants essaient de résoudre le problème entre eux. S’ils n’y parviennent pas, on demande l’intervention d’un médiateur, qui pourra évaluer encore une fois la situation d’une autre perspective. En cas d’échec, les participants sont invités au cercle de confiance. Aujourd’hui, il se déroule dans la « salle sans nom ». Les enfants qui viennent d’arriver ont peur de cette discussion, car ils s’attendent à ce qu’elle consiste à chercher les coupables. S’ils ont fait une bêtise, ils seront certainement réprimandés. Mais ce n’est pas du tout l’objectif du cercle de confiance. Pour que les choses soient claires, les participants sont assis en cercle – il n’y a pas de hiérarchie.

Ici, on n’évalue pas, on observe : que s’est-il passé exactement ? Dans un deuxième temps, la petite personne ou le collaborateur essaie de définir le sentiment en lien avec l’incident. Ce n’est pas toujours facile, car on n’a pas toujours conscience de ses sentiments. Par exemple, « J’ai trouvé ça idiot quand tu m’as poussé » n’est aucunement un sentiment. Des cartes sont mises à disposition afin d’aider à découvrir les sentiments en question. Pour les plus jeunes, elles contiennent aussi des images représentant les émotions. Les plus grands y trouvent des termes tels que « choqué », « peiné » ou « blessé ». Au cours de l’étape suivante, la personne détermine le besoin qui y est lié, par exemple « aide », « amour », « présence » ou « soutien », et exprime une demande : que me faut-il pour satisfaire mon besoin ? Les collaborateurs qui assistent au cercle de confiance aident les enfants à formuler cette demande.

Vive les conflits !

Des cercles de confiance sont organisés presque tous les jours à l’école FREIWÄRTS. Les résultats des discussions sont toujours étonnants. Car lorsque l’on creuse un peu sous la surface, il apparaît souvent qu’il s’agissait en réalité de tout autre chose. Souvent, les enfants développent des stratégies complètement différentes pour surmonter les conflits.

Prenons par exemple le cas de ce petit garçon qui ne cessait d’importuner les autres autour de lui. À un moment donné, son comportement a dérangé les autres, évidemment, et un cercle de confiance a été convoqué. La discussion a permis de découvrir que le petit garçon en question énervait les autres lorsqu’il avait faim. Personne ne s’y attendait. Et subitement, tout le monde comprenait : « Évidemment, quand j’ai faim, je me sens comme toi », ont-ils réagi. Grâce au cercle de confiance, une ration de secours attend ceux qui en ont besoin à la cantine – au cas où.

Lors d’un autre incident, un enfant a détruit par mégarde la cabane d’un autre enfant. La solution n’a pas été de la remplacer : il était bien plus important d’accepter la tristesse de la petite fille. La cabane avait une valeur particulière pour elle, car elle lui avait été offerte par ses grands-parents, qui habitaient loin. La reconnaissance de son sentiment de perte s’est avérée bien plus importante que le remplacement de la cabane.

On a même trouvé une solution pour la fermeture de la salle de créativité. Cette pièce est une sorte de salle de bricolage où les enfants peuvent trouver tout ce dont ils ont besoin pour réaliser les projets qui naissent dans leur esprit : des perles, de la peinture acrylique, un pistolet à colle, une machine à coudre pour fabriquer des vêtements de poupée – et dans les innombrables tiroirs et casiers, sûrement bien d’autres choses que je ne vois pas lorsque je visite les lieux. Les enfants y fabriquent des instruments de musique à partir de matériaux ultrasimples ou réalisent des projets de surcyclage. À partir de vieux objets inutiles, ils créent quelque chose de nouveau qui peut être réutilisé. Je m’y suis faufilée, car en réalité la pièce est interdite d’accès. Et pour cause : ceux qui l’utilisaient ne rangeaient pas toujours après eux. Les enfants doivent intégrer que dans ce cas, les règles n’ont pas été respectées. Avec une éducatrice, les élèves ont réfléchi à une solution permettant de résoudre le problème : si la pièce était déjà présentée à tous les nouveaux utilisateurs, elle sera désormais aussi rangée plusieurs fois en commun, pour essayer. Ce sont les enfants qui ont eu cette idée et qui veulent la tester dès qu’elle sera rouverte.

Une belle leçon de vie

Je suis réellement impressionnée par le type de communication qui est utilisé ici au quotidien. Combien de souffrance pourrions-nous nous épargner, en tant qu’adultes, si nous étions capables de communiquer clairement nos besoins, si nous traitions les autres avec attention et d’égal à égal, quel que soit leur parcours ? Au travail ou dans nos relations avec les autres, combien de problèmes sont dus au fait que nous ne dialoguons pas efficacement, combien de personnes en sont malheureuses ? Bien sûr, chacun peut travailler sur soi. Mais celles et ceux qui ont essayé savent bien à quel point ce processus est long et difficile. Si l’on pratique cette méthode quotidiennement, comme dans cette école, dans quelle mesure la vie d’adulte en est-elle simplifiée ?

Je demande à Erika comment les enfants réagissent lorsqu’ils rencontrent, en dehors de l’école, des personnes qui n’ont jamais entendu parler de communication non violente et qui ne connaissent ni ne comprennent pas grand-chose de ce qui est évident ici. « Les enfants qui grandissent ici sont comme des plantes qui poussent en toute sécurité », explique-t-elle. « Ces plantes développent un tronc solide, elles sont stables et résistent bien aux difficultés de la vie. » J’ai effectivement l’impression que les enfants sont dotés de bonnes compétences sociales, qu’ils ont appris à se débrouiller dans la société. Et selon moi, c’est indispensable.

La participation sur la base du volontariat est aussi un modèle que l’on pourrait transposer ailleurs, par exemple dans le monde du travail. Il est prouvé depuis longtemps que les personnes auxquelles on laisse carte blanche, qui peuvent utiliser leurs points forts dans leur métier, ont plaisir à travailler et – on y arrive – travaillent aussi très bien. Les employeurs qui l’ont reconnu ne sont pas encore très nombreux, mais une formation à l’école FREIWÄRTS pourrait être une première étape pour les faire changer d’opinion à ce sujet.

Je demande à Erika comment se débrouillent les enfants qui passent le bac et veulent poursuivre leurs études. « Ils ont des lacunes », admet-elle. « Mais – et c’est l’essentiel – quand ils décident de passer le bac, ils sont extrêmement motivés. Et ils y arrivent. »

À vos balais !

12 h 30. C’est l’heure de ranger ! Dans une demi-heure, les premiers parents vont arriver pour récupérer leurs enfants. D’ici là, tout doit être impeccable, car personne ne range après les enfants. Ils attrapent les balais et les pelles, évacuent les copeaux et les miettes. Enfin... Pas tous les enfants. Dans chaque pièce, une petite équipe est responsable du rangement. L’affiche accrochée à la porte leur indique comment ranger. Des pictogrammes aiguillent les plus petits. Après le rangement, une équipe de contrôle – renouvelée chaque semaine, comme l’équipe de rangement – vient vérifier que tout est en ordre. Si quelqu’un manque, on cherche un remplaçant lors du cercle du matin. Ce système tournant fonctionne vraiment bien et, cerise sur le gâteau, on ne s’occupe de rien la troisième semaine.

À 14 h, les collaborateurs se réunissent en équipe. Ils passent la journée en revue, répondent aux questions en suspens, discutent des conflits et parlent de leur place dans la communauté ; les cercles de confiance du lendemain sont fixés. En parallèle, les parents sont déjà arrivés, mais tous ne viennent pas récupérer leurs enfants.

Les parents aussi mettent la main à la pâte

Ils ont lancé un projet pour rendre l’école accessible aux personnes à mobilité réduite. Un maçon professionnel fait partie de l’équipe – ce que je comprends lorsqu’on me montre l’impressionnante rampe d’accès construite à l’arrière du bâtiment. « Les parents aussi apportent leurs compétences », m’explique Jörg, qui vient d’arriver, tenant son plus jeune fils par la main droite et une pelle dans la main gauche. « Les parents font également partie de la communauté », souligne-t-il. « Ils s’investissent dans différents groupes. Il y a par exemple un groupe jardinage et un autre pour les travaux de nettoyage. » Il m’apprend qu’il y a trois raisons principales d’envoyer ses enfants dans une école démocratique : soit les parents ont eux-mêmes mal vécu leurs années d’école, soit leurs enfants ne sont pas à l’aise dans un système rigide, soit les parents sont eux-mêmes convaincus de l’idée qui sous-tend les écoles démocratiques.

Il doit lui-même faire beaucoup de travail de persuasion auprès de ses proches et de ses connaissances, car évidemment, nombre de ceux qui ont grandi dans le système scolaire classique sont sceptiques au début. On lui demande sans cesse si les enfants passés par l’école FREIWÄRTS réussissent. « Mais faut-il nécessairement réussir ? », rétorque Jörg. Selon lui, il y a ici des personnes, comme partout ailleurs, qui quitteront l’école sans diplôme. Mais d’un autre côté, la plupart d’entre eux seront épanouis dans leur vie, car ils auront eu la possibilité de faire l’expérience de leurs points forts. Sans esprit de compétition, sans note ni comparaison. « Ici, on ne compare pas les enfants, ils se complètent les uns les autres. »

Jörg me révèle qu’il ne sait pas exactement ce qui se passe au sein de l’école. Les conflits qui peuvent y surgir sont réglés par les grandes et les petites personnes. La vie privée des enfants est ainsi préservée. Les parents ne sont mis à contribution que dans les cas graves. Il a tout de même remarqué que sa fille est bien plus équilibrée depuis qu’elle fréquente l’école démocratique.

Et les enfants ? Que pensent-ils de l’école FREIWÄRTS ? « C’est mieux que dans une école normale, bien mieux », confirme Mona. Elle se sent beaucoup mieux ici que dans son école précédente. Une autre petite fille est prête à faire une heure de route pour venir ici. « En fait, c’est très bien l’école », dit-on à un autre coin de la pièce. « Comment ça ? », demande un petit garçon indigné. « Oui, bon, faire la grasse matinée, c’est encore mieux. » Comme c’est vrai... 😉

Experts en communication

Ma conclusion après deux jours passés à l’école FREIWÄRTS ? Voilà une formidable communauté qui est née et qui continue à prendre forme ici. Les enfants ont beaucoup de contact entre eux, bien plus que dans les souvenirs que j’ai de l’école. S’ils font les zouaves (ça fait partie du jeu), ils échangent, ils discutent, ils sont aussi joyeux et actifs. Pendant ces deux jours, ils m’ont beaucoup appris – et j’ai désormais un nouvel objectif : apprendre à communiquer aussi bien qu’eux. Et je demanderai à mes amis qui restent cramponnés à leur smartphone comme si leur vie en dépendait de bien vouloir le ranger, pour ressentir un nouveau sentiment de liberté.

Le système FREIWÄRTS est-il le meilleur ?

Comment s’en sort le système FREIWÄRTS par rapport à celui des écoles classiques ? Au bout de huit ans de scolarité à l’école FREIWÄRTS, un enfant obtient l’équivalent allemand du brevet des collèges – comme dans les autres établissements. Mais il a aussi acquis, au fil des ans, des compétences sociales. Il dispose d’un avantage décisif par rapport à un élève scolarisé dans une école « normale ». – On voit un peu partout apparaître des critiques sur le système scolaire classique (à ce sujet, voir notre article « “Apprendre doit être passionnant” – jeux de doigts et ordinateurs »). L’école FREIWÄRTS, où les enfants apprennent en toute liberté et selon leur propre rythme, où ils peuvent déployer leur potentiel, pourrait être une solution.

Pour découvrir le site internet de l’école, c’est par ici.

 

Pourquoi avons-nous écrit cet article ?

Chez QUADRO, nous trouvons important de savoir ce que font les enfants, ce qui les fait avancer, ce qui les intéresse et ce qui leur plaît. Nous intégrons ces connaissances à nos produits, pour que les enfants grandissent le plus naturellement possible – et que les parents aient la certitude de faire exactement ce qu’il faut pour leurs enfants.

Tous les noms ont été modifiés par la rédaction.

Laisser un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant d'être publiés