Apprendre doit être passionnant – jeux de doigts et ordinateurs

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Un abrégé des méthodes d’apprentissage les plus efficaces (et des autres) – avec les possibilités qui s’offrent aux parents.

Réalisée en 1992, l’étude « Breakpoint and Beyond » démontrait que 98 % des enfants participants pouvaient être qualifiés de « géniaux », car ils remplissaient les critères correspondants. 1 600 enfants de 3 à 5 ans avaient passé ces tests. Être créatif, c’est trouver plusieurs solutions peu conventionnelles à des problèmes. Si les enfants ont tant d’imagination, c’est qu’ils n’ont pas peur de se tromper. Mais que se passe-t-il lorsque l’on teste ces mêmes enfants plus tard ? C’est exactement ce qu’ont fait les scientifiques. Résultat : en vieillissant, les enfants perdent en créativité. Parmi les adultes qui avaient été testés enfants, seuls 2 % étaient encore considérés comme géniaux à l’âge de 31 ans. Que s’était-il passé entre-temps ? L’école a-t-elle tué dans l’œuf l’imagination des enfants, comme l’affirme Ken Robinson, auteur et expert britannique en éducation et créativité ? C’est cette question que nous souhaitons approfondir dans cet article, tout en essayant de sortir de ce dilemme.

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En Allemagne, un enfant sur 14 n’est même pas titulaire du Hauptschulabschluss (l’équivalent du brevet des collèges en France). Selon le célèbre neuroscientifique Manfred Spitzer, c’est une situation inacceptable. En effet, notre cerveau possède de grandes capacités d’apprentissage. Il est impossible qu’il n’enregistre rien. Ce n’est que lorsque 70 à 75 % des cellules du cerveau sont mortes que nos capacités diminuent, pas avant. Manfred Spitzer prend pour exemple une petite fille à qui l’hémisphère gauche avait dû être retiré – là où se trouvent les zones du langage. Elle parle aujourd’hui couramment deux langues. Dès lors, pourquoi ce Hauptschulabschluss pose-t-il tant de problèmes à des personnes qui ont un cerveau intact ? C’est là que le bât blesse : bien souvent, le cerveau n’enregistre pas ce que l’enseignant souhaite lui faire apprendre, mais d’autres choses plus intéressantes. Surtout, il n’est pas conçu pour apprendre par cœur, pour bachoter. Ce n’est pas un simple disque dur sur lequel on pourrait simplement enregistrer des données. Le cerveau fonctionne toujours par associations.

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Notre cerveau est sélectif

Vera Birkenbihl, aujourd’hui décédée, s’est elle aussi demandé pourquoi nous oublions une grande partie de ce que nous apprenons à l’école. Elle conclut que les élèves ne font preuve ni d’indifférence, ni de manque de motivation ou de talent : si quelqu’un n’apprend rien, c’est presque toujours parce que ce qu’on veut lui inculquer n’est pas assez bien transmis. Autrement dit, que le cours est tout simplement barbant ! Tout dépend de la méthode de l’intervenant, pas du sujet. D’autre part, notre cerveau n’est pas là pour enregistrer des connaissances absurdes. Pourtant, c’est exactement ce qui se passe en classe, ce qui explique pourquoi les enfants apprennent bien plus en dehors de l’école : pendant leur temps libre, il se passe des choses qui les intéressent, qu’ils ont envie d’approfondir. Leur soif de découverte s’éveille. Les enfants accumulent activement les connaissances alors qu’ils ont une attitude totalement passive à l’école, dans le cadre d’un enseignement frontal. C’est la raison pour laquelle Vera Birkenbihl affirme qu’apprendre doit devenir passionnant.

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Nous avons tous ou presque eu un ou une enseignant(e) qui a su nous passionner pour sa matière, nous transmettre son enthousiasme, de sorte que nous avons toujours une perception positive du sujet. Que se passerait-il si toutes les matières étaient enseignées ainsi ?

Overdose éducative

Malheureusement, la réalité est bien différente, surtout depuis que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a mis en place l’enquête PISA. Comme le nom de l’institution le laisse supposer, ses objectifs sont avant tout économiques : les enfants doivent être préparés à contribuer le plus possible à la croissance de l’économie une fois adultes.

L’Allemagne n’occupe pas les premières places de l’enquête PISA, mais que cela dit-il de notre système éducatif ? Jetons un œil du côté de la Chine, qui obtient toujours d’excellents résultats. À première vue, c’est impressionnant. Mais lorsqu’on y regarde de plus près, on découvre une machine à performances sans égale : les parents et les grands-parents dépensent une grande partie de leurs revenus pour offrir à leurs enfants une bonne éducation. La concurrence est rude : tout le monde souhaite que son enfant réussisse, qu’il obtienne une mention aux examens. L’objectif, ce sont les tests et les concours : les enfants sont dressés pour obtenir les meilleures notes possible. Dans ce processus d’apprentissage, il n’est pas question d’exprimer des opinions différentes sur un sujet ni de débattre. La réponse standard est déjà définie, elle doit simplement être répétée pendant l’examen. Les volumes à ingurgiter sont considérables : les journées d’école commencent dès 7 h 30, pour se terminer à 20 h 30.

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Les enfants sont soumis à cette pression dès leur plus jeune âge. Il est ainsi possible d’en tirer un maximum. Résultat : ils ne peuvent pour ainsi dire jamais dormir tout leur saoul, ils n’ont guère la possibilité de se reposer et ne vivent, globalement, que peu de moments de bonheur. Il n’est donc pas étonnant que le taux de suicide des enfants soit relativement élevé en Chine.

Si le pays est considéré comme un modèle pour les tests PISA, cette place de leader est-elle réellement enviable ? La France semble prendre la même direction : dès leur plus jeune âge, les enfants fréquentent l’école maternelle, obligatoire à partir de 3 ans. Ils suivent déjà un programme et possèdent chacun un livret scolaire. Les plus petits sont assis sagement à table et s’adonnent à une activité prédéfinie. L’enseignante est une personne à qui l’on doit le respect et que l’on ne peut pas appeler par son prénom. Certains enfants passent jusqu’à 10 heures par jour à l’école maternelle.

L’objectif de cette organisation était de ne pas créer d’inégalité entre les enfants d’origines différentes : grâce à cette éducation précoce, tous bénéficient des mêmes chances de départ. Cela doit aussi permettre à l’enfant de s’habituer à la vie en collectivité.

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Au système, tu devras t’adapter...

Même si l’école maternelle française et les Kindergarten allemands diffèrent, il existe quand même des similitudes en Europe et aux États-Unis. En Allemagne, les formes d’enseignement viennent de l’époque prussienne, où il fallait surtout « pousser bien droit ». Mais les autres pays aussi avaient besoin, pour la guerre, d’hommes jeunes capables de s’adapter. À l’époque de l’industrialisation, les personnes qui réalisaient des activités simples en respectant des consignes étaient aussi les bienvenues. L’école les préparait bien à ce type de tâches. Si les temps ont changé, c’est aujourd’hui l’économie qui prend une allure presque militaire : elle recherche des diplômés qui s’adaptent au système. Le slogan « plus haut, plus vite, plus loin » règne en maître. Tout est de plus en plus cadencé, il faut fabriquer le plus rapidement possible pour générer encore plus de profit. De nombreux cadres sombrent dans le burn-out, car ils ne peuvent plus résister à la pression et

de plus en plus de personnes se demandent si c’est vraiment de cette vie qu’ils veulent. D’autant que la croissance ne peut se poursuivre indéfiniment. Il faut déjà se poser cette question pour l’école qui, au fond, sert aussi les intérêts du capitalisme, car elle prépare les enfants à un monde ultraconcurrentiel.

La concurrence n’est pas innée

Selon Gerald Hüther, neurologue, si ce système fonctionne et si les parents y participent, c’est parce qu’ils ont peur que leurs enfants ne réussissent pas. Il sait pourtant que l’on ne peut pas éduquer les gens, on peut seulement les inviter à faire quelque chose : il parle de l’art de l’éducation. Ceci dit, cette concurrence répugne déjà les très jeunes enfants. Dans le ventre de leur mère, ils sont en lien étroit avec elle grâce au cordon ombilical. Ce besoin d’attachement perdure après la naissance. Des tests ont permis de prouver que les bébés de six mois ont un esprit coopératif : lors d’une expérience simple, ils optaient toujours pour la situation où l’on pouvait s’aider et se soutenir. Six mois plus tard, le résultat n’était plus aussi évident : les enfants s’étaient habitués aux situations de concurrence de la vie quotidienne et, lors d’un test final, donnaient désormais en partie leur préférence aux configurations où ils travaillaient les uns contre les autres. Ce comportement était inspiré de leur environnement.

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La Chine n’a pas l’exclusivité de la pression qui pèse sur les enfants et les jeunes adultes. Dans une lettre ouverte, une très bonne élève d’un lycée de Hambourg se plaignait ainsi de ne plus avoir de vie depuis que la scolarité a été réduite de 13 à 12 ans en Allemagne. Elle manquait de temps libre, de plaisir – autrement dit de ce qui fait le sel de la vie. Selon elle, l’école n’atteint pas l’objectif de préparer à la vie. Vera Birkenbihl voit les choses de la même manière. Au lieu d’apprendre les fractions, elle préconise d’apprendre à lire les horaires de trains, au lieu d’apprendre à décliner et conjuguer, d’apprendre à repasser, au lieu d’apprendre à calculer une racine carrée, d’apprendre à distinguer les légumes racines. Elle recommande surtout d’utiliser les bonnes méthodes d’apprentissage.

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Atteindre l’état de flow

Les bonnes méthodes, ce sont celles qui nous permettent d’apprendre par nous-mêmes : savoir comment apprendre, où vérifier quelque chose ou quoi demander à un ou une spécialiste dans un domaine précis. Les questions sont essentielles pour élargir nos connaissances. En apprenant de manière autonome, on gagne aussi en indépendance. Enfin, Vera Birkenbihl voulait éliminer le bachotage, car se contenter de potasser ne permet pas de comprendre ni de saisir les tenants et les aboutissants. « Mieux nous comprenons quelque chose, moins la mémorisation demande de travail », expliquait-elle. Il est également important d’atteindre l’état de flow – certains ont déjà fait cette expérience en courant : plus l’on court, plus l’on se sent léger et l’on a le sentiment de pouvoir continuer indéfiniment. D’autres vivent des moments de bonheur en jouant à des jeux vidéo dans lesquels ils sont totalement plongés. Ce qui est surprenant, c’est qu’apprendre peut provoquer les mêmes sensations ! Pour cela, il faut que ce que nous voulons apprendre ne soit ni trop ni trop peu exigeant. Dans un cas, on s’ennuie, dans l’autre, on éprouve de la frustration. Le défi doit donc être conçu de manière à être toujours réalisable.

Le saviez-vous ?

Dans une fabrique de tapis du Mexique, les apprentis observent pendant deux ans avant de commencer à nouer. Vous avez peut-être déjà fait l’expérience de l’efficacité de cette méthode : en tant que passager d’une voiture, avant même d’avoir votre permis de conduire, vous avez déjà appris beaucoup de choses sur la circulation. Quand vous avez pris le volant, vous n’êtes pas parti de zéro.

Sortir de sa zone de confort

Il est donc important d’adapter le rythme d’apprentissage à l’enfant, car le curseur entre des exigences trop ou pas assez élevées a une position différente pour chacun d’eux. Tout le monde commence modestement, par les bases. Lorsqu’elles sont vraiment comprises, il est possible d’aller plus loin. Ici, il est intéressant de regarder ce qui se passe dans notre cerveau, notamment au niveau des neurones miroirs. Ils sont activés lorsque nous observons les autres lors d’une activité, lorsque nous la réalisons nous-mêmes ou même lorsque nous ne faisons qu’y penser. Même lorsqu’on ne fait qu’évoquer cette activité, les neurones miroirs entrent en action. Le principe de fonctionnement est facile à transposer en cours : nous apprenons par imitation, mais nous devons avoir observé plusieurs fois. Pour l’école, cela signifie, idéalement, que l’enseignant(e) montre quelque chose, recommence et répète encore une fois. Lorsque les enfants ont vu le geste assez souvent, ils peuvent commencer, tout doucement, à faire leurs premiers pas, au ralenti. Ce n’est que lorsque les gestes deviennent plus fluides qu’ils pourront accélérer. Ce principe s’applique aussi bien aux équations mathématiques, à l’apprentissage du violon qu’au tango. Pourtant, il en va tout autrement dans la pratique : l’enseignant(e) écrit quelque chose au tableau, puis les enfants commencent immédiatement à s’exercer. Il n’est donc pas étonnant que ceux qui ont besoin d’un peu de temps pour assimiler les contenus décrochent et n’arrivent plus à suivre.

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Éloge de la lenteur

Au début du processus d’apprentissage, la lenteur joue un rôle essentiel. 30 mouvements très lents sont aussi bénéfiques que 120 mouvements rapides, raison pour laquelle le tai-chi, sorte de kung-fu au ralenti, est aussi efficace pour les muscles que le kung-fu lui-même, nettement plus dynamique. Au début, il est aussi plus judicieux d’effectuer plusieurs sessions courtes plutôt qu’une longue. En effet, après chaque séquence, le cerveau continue à travailler pendant un moment. En outre, s’il est important de mettre en pratique ce que l’on a appris, il est aussi essentiel de s’exercer mentalement. Même les athlètes de haut niveau apprennent la gestuelle en l’imaginant sans cesse ou en observant d’autres sportifs à l’œuvre – un complément idéal à l’entraînement à proprement parler. Ces exercices mentaux ont un effet très positif sur leurs performances.

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Vera Birkenbihl recommande de passer à l’action plutôt que de se contenter d’en parler – ce qui arrive souvent à l’école. C’est à cette condition que le processus d’apprentissage devient efficace. Elle conseille la technique d’apprentissage de l’exagération : dans un premier temps, on se contente d’imiter ce que l’on nous montre, pour ensuite l’exagérer. Ce n’est en effet que lorsque l’on a compris l’essentiel, le cœur de quelque chose, que l’on peut le caricaturer, le parodier, par exemple en changeant de tonalité pour chanter une chanson que l’on est en train d’apprendre. La variation est une autre méthode efficace : on peut par exemple jouer un morceau pour guitare à la flûte à bec ou au piano. Cette transposition sur un autre support permet de consolider les acquis.

Le saviez-vous ?

Mâcher du chewing-gum, c’est bon pour le cerveau, car cela lui fournit davantage d’oxygène. Et cela vaut autant pour les enfants que pour les adultes, surtout s’ils ne bougent pas beaucoup.

Les langues, parents pauvres de l’enseignement

Qu’en est-il de l’apprentissage des langues ? En Allemagne, la situation n’est pas brillante. Le soutien scolaire concerne principalement les langues, que ce soit l’allemand ou les langues étrangères. On pourrait en conclure que les élèves allemands ne sont juste pas très doués, mais lorsque l’on observe ce qui se passe chez les Néerlandais, la situation est totalement différente : nombre d’entre eux sont en effet trilingues, voire quadrilingues. Les Allemands seraient-ils moins intelligents ou moins doués en langues ? Apparemment, ce serait plutôt une question de méthode.

Celle de Vera Birkenbihl est plus efficace : cette libre penseuse ne croit pas du tout à l’apprentissage répétitif du vocabulaire ou des tableaux de conjugaison. Elle recommande de commencer par quelque chose de très mal vu en cours de langue : la traduction mot à mot. Cette méthode permet de rendre la structure de la langue visible et d’apprendre comment elle fonctionne. Dans la vidéo sur l’apprentissage du turc, Vera Birkenbihl explique comment acquérir très facilement (et conformément au fonctionnement du cerveau) les premières notions de turc, une langue en principe simple, car on peut tout y construire. Autrement dit, l’élève ne doit pas apprendre par cœur d’innombrables exceptions et cas particuliers, comme c’est le cas en allemand.

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Zéro grammaire

Au début, le plus simple est de ne pas essayer de comprendre la grammaire. Il vaut mieux accepter la terminaison inconnue telle qu’elle est et l’utiliser pour s’exprimer. Au bout de trois mois, lorsque la forme a été bien acquise, il est toujours possible de jeter un œil dans un livre de grammaire : on comprend alors beaucoup mieux l’explication. Vera Birkenbihl conseille également de ne pas pratiquer les terminaisons à l’aide de mots turcs, mais de les accrocher, dans un premier temps, à des mots de sa langue maternelle. On conjugue donc d’abord un verbe français avec les terminaisons turques. Ainsi, l’apprenant n’a pas à maîtriser en même temps deux éléments nouveaux, le mot étranger et la terminaison. Dès que l’on s’est habitué à la conjugaison, le verbe turc peut entrer en scène.

Vera Birkenbihl propose aussi une astuce pour travailler la prononciation du turc, où l’on trouve beaucoup de « eu » et de « u » : chanter les versions en « eu » et en « u » de « Ma serpette est perdue » pour s’habituer à l’accumulation de voyelles. On vous l’avait bien dit : c’est simple comme bonjour.

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Plus de tolérance, même pour les erreurs

Le principal, c’est de ne pas avoir peur de se tromper. Les petites erreurs ne nuisent pas à la communication. Le locuteur natif entend de toute manière ce qu’il doit entendre et son cerveau « lissera » les anomalies. En règle générale, la peur des erreurs et d’être jugé augmente avec l’âge. Le bébé qui apprend à marcher n’a pas peur de se tromper – tomber fait partie de son apprentissage. L’enfant essaie de se mettre debout, retombe sur ses fesses, mais il n’abandonne pas à cause de cette « erreur » et persévère. Il faudra qu’il essaie de se redresser sur ses petites jambes encore instables et qu’il tombe un nombre incalculable de fois avant d’enfin pouvoir marcher. Cette intrépidité permet à l’enfant d’apprendre un processus incroyablement complexe où la constante gravitationnelle, le principe du levier et les équations différentielles entrent en ligne de compte : marcher sur deux jambes. Qui sait si, en tant qu’adultes, nous aurions ne serait-ce qu’essayé d’apprendre à marcher dans ces conditions ?

Les enfants n’ont pas encore peur de l’échec, raison pour laquelle ils sont nettement plus créatifs. Toutefois, à l’école, les erreurs ne sont plus tolérées et sont immédiatement corrigées : en conséquence, la créativité diminue nettement. Vera Birkenbihl préconise de ne pas corriger les enfants dans leurs apprentissages. Selon elle, cela ne sert qu’à stopper le processus d’apprentissage inconscient (simple) et à en prendre conscience.

Pour qu’il se développe de manière optimale, un enfant doit bénéficier d’un environnement favorable qui autorise les erreurs et croit en ses capacités. S’il aborde l’apprentissage de manière positive, il réussira. Des études ont ainsi pu prouver que les enfants qui souhaitaient s’améliorer dans un domaine particulier progressaient dans toutes les autres matières. Ils ont en effet remarqué que s’ils voulaient s’améliorer dans une matière, cela marchait aussi avec l’exercice correspondant. S’ils y arrivaient ici, leurs efforts devaient aussi payer dans d’autres domaines. Encourager les élèves aurait donc pour conséquence une meilleure moyenne.

Les neurones miroirs jouent là encore un rôle important, car ils sont associés aux sentiments. Lorsque nous évoquons quelque chose de négatif – lorsque nous râlons contre quelque chose, critiquons ou dénigrons quelqu’un – les sentiments correspondants sont invoqués. Il faudrait donc que l’apprentissage soit associé à une ambiance positive à l’école et même à la maison.

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Le cas de Pablo Pineda Ferrer, premier Européen porteur de trisomie 21 diplômé de l’enseignement supérieur en pédagogie, en est un parfait exemple. Longtemps, les personnes souffrant de cette anomalie chromosomique ont été considérées comme impossibles à scolariser. Enfant, Pablo a eu la chance d’être accompagné par un enseignant spécialisé formidable, qui a cru en lui. Comme on le voit, ses attentes ont eu un effet positif.

Que valez-vous en tant qu’être humain ?

Si les attentes de certains ont une influence sur les destinées des individus, les structures sociales peuvent aussi les aider à aller bien dans leur vie, à disposer de revenus, etc. En effet, tous les diplômes ne se valent pas. Les médecins ou les avocats jouissent d’une bonne image – ce qui n’est pas toujours évident pour un artisan. Certains talents sont plus considérés que d’autres. En Allemagne, les personnes titulaires uniquement du brevet des collèges ne gagnent bien souvent pas assez pour vivre sans se faire de souci. Comme Erwin Wegenhofer le montre dans son film « Alphabet », certaines sont si frustrées que la criminalité ne leur paraît pas tellement aberrante. Sortir de cette spirale est souvent difficile. En Allemagne, le problème est plus important qu’il n’y paraît : de nombreux demandeurs d’emploi peu diplômés n’apparaissent même pas dans les statistiques, car ils bénéficient d’emplois aidés.

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Il faut changer notre façon de penser pour que celles et ceux qui n’ont pas obtenu de très bons diplômes aient quand même un certain statut. En effet, l’absence ou le faible niveau du diplôme ne dit rien de leurs capacités. De plus, une bonne scolarité et de bons résultats au bac ne garantissent pas qu’un élève deviendra un excellent chirurgien après des études de médecine – et pourtant, les élèves allemands qui n’obtiennent pas de mention très bien ne sont pas acceptés en fac de médecine. Il est donc pertinent de stimuler tous les talents, mais cela n’est possible qu’en modifiant le système scolaire : actuellement, l’enseignement vise à former de futurs professeurs d’université – ce que seule une minorité deviendra.

Sir Ken Robinson, auteur et conseiller britannique ayant dirigé de nombreux projets internationaux sur la créativité, parle de hiérarchie des disciplines scolaires : tout en haut, on trouve les mathématiques, puis les langues, et enfin les matières artistiques. S’il considère les mathématiques comme très importantes, il n’en pense pas moins de la danse. Pour illustrer ses propos, il décrit le cas de Gillian Lynne, qui souffrait d’un trouble de l’attention lorsqu’elle était enfant. Heureusement, elle a rencontré un enseignant qui a su détecter son talent pour la danse. Sa mère l’a inscrite dans une école de danse et quelques années plus tard, Gillian Lynne est devenue chorégraphe des comédies musicales « Cats » et « Le fantôme de l’opéra ».

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Danser, faire de la musique, peindre

Arno Stern, pédagogue français né en Allemagne, considère la danse, la musique et la peinture comme des activités essentielles pour le développement de l’enfant. Ces formes d’expression permettent aux enfants de devenir des personnes accomplies, capables de réaliser de grandes choses. Il a ainsi fondé à Paris le « Closlieu », un atelier où les enfants, mais aussi les adultes, peuvent s’adonner au « Jeu de peindre » comme bon leur semble. Ils peignent simplement ce qu’ils veulent. Selon Arno Stern, ce n’est pas la vie qu’il faudrait prendre au sérieux, mais le jeu, car il met en avant le plaisir et la créativité, et non la fabrication ou la production de quelque chose.

Le pédagogue, qui dirige le « Closlieu » depuis 1949, a remarqué que les peintures avaient évolué : alors qu’elles étaient auparavant pleines d’imagination, expérimentales et ludiques, elles sont aujourd’hui de plus en plus construites. Les enfants ne peignent plus spontanément, ils le font selon les règles des adultes. Ils composent ce qu’on leur a appris. Les peintures actuelles n’ont plus rien de joyeux, elles font l’effet de tableaux. L’enfant perd de plus en plus son enfance, devient adulte, est comme étouffé par la théorie et le poids de ce qu’on lui a appris. Selon Arno Stern, le plus grave est que l’on entraîne les enfants à remplir une mission. Ils sont formés pour correspondre aux attentes des adultes. Ces enfants doivent s’intégrer au système. Il ne s’agit pas d’en faire des personnes dotées d’une solide volonté, mais plutôt des individus suffisamment insatisfaits de leur vie pour se tourner vers la consommation.

Selon la femme d’Arno Stern, un enfant doit être « mis au monde » après sa naissance, il faut le laisser s’épanouir librement pour qu’il découvre et décide ce qu’il souhaite, sans lui voler son enfance. En tant qu’adultes, nous lui devons ce bonheur.

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Les écoles Waldorf ne se résument pas à l’eurythmie

Il existe déjà des écoles qui en tiennent compte : ce sont les écoles et les jardins d’enfants Waldorf. Outre l’enseignement des matières classiques, elles accordent une grande importance aux activités artistiques et manuelles. Les enfants et les adolescents sont formés dans les domaines intellectuels, mais aussi créatifs, artistiques, pratiques et sociaux. Tous les élèves ont donc des cours de travaux manuels, où ils cousent, coupent et tricotent ensemble, et des cours de bricolage, où ils apprennent à se servir d’une scie, d’un marteau ou d’une lime. Le jardinage et l’eurythmie, où la langue et la musique peuvent être visualisés à travers le mouvement, font aussi partie du programme. Les données scientifiques prouvent que ces activités artistiques permettent aux enfants d’acquérir des compétences qui vont bien au-delà de ces matières.

La particularité de ces écoles réside dans le fait que les élèves passent 12 années scolaires ensemble, en tant que classe, sans notes ni redoublement. Les écoles Waldorf n’ont pas pour objectif principal de préparer à l’université, mais surtout d’éveiller le plaisir d’apprendre dans les premières années. Les enfants doivent développer leur esprit d’initiative, sans obligation de réussir, mais parce qu’ils s’intéressent aux différentes matières. L’enseignement a toujours un lien avec l’environnement des enfants et il est également important qu’ils découvrent les grandes règles qui le régissent. L’objectif n’est donc pas uniquement de transmettre des connaissances, mais d’accompagner le développement global de chacun au cours d’une période donnée.

L’enseignement par période est une composante importante de la pédagogie Waldorf. Il permet aux élèves de consacrer beaucoup de temps à une matière pendant plusieurs semaines : ils travaillent par exemple de manière intensive sur des questions liées aux mathématiques, à la géographie, à l’histoire – ou sur une langue. Ils peuvent ainsi travailler deux heures par jour à un problème mathématique, en acquérir une connaissance approfondie – avant de passer, trois semaines plus tard, à une autre matière.

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Un corps sain ? Un esprit sain !

Les jardins d’enfants et les écoles Waldorf accordent aussi une place importante à la salutogénèse. Cette approche a pour objectif d’être et de rester en bonne santé pour ne pas laisser les maladies se développer. Cet équilibre, que l’on peut atteindre lorsque le corps et l’esprit sont en harmonie, touche à de nombreux aspects : entre activité et passivité, tension et détente, concentration et contemplation, mais aussi entre ses propres intérêts et ceux des autres. Dans le cadre de la salutogénèse, des exercices revitalisants sont pratiqués chaque matin et dès que le besoin s’en fait sentir : les élèves récitent des paroles, tapent dans leurs mains ou décontractent leurs muscles et leur corps. Ce n’est qu’après cette étape qu’ils sont à nouveau sollicités intellectuellement.

Bien que différente, la pédagogie Waldorf n’est pas totalement libre ni indépendante des contraintes sociales : à la fin de leur scolarité, les élèves des écoles Waldorf passent, comme tous les jeunes de leur âge, des examens qui s’appliquent à tous. Ils doivent alors être performants s’ils visent un diplôme particulier. Mais en chemin, ils auront au moins acquis la bonne attitude et surtout le plaisir d’apprendre.

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Montessori : une aide pédagogique pour faire par soi-même

Les écoles Montessori ont une approche similaire : elles aussi accueillent chaque élève avec sa personnalité. On y part du principe que l’enfant possède sa propre architecture interne, avec ses points forts, ses faiblesses et ses compétences. La mission de l’enseignant(e) est de l’aider à s’épanouir pour que cette architecture puisse être mise en œuvre. « Aide-moi à faire seul », telle est la devise de la pédagogie Montessori.

Mais qu’en est-il exactement de cette aide qui permet de faire par soi-même ? Ici, ce sont surtout l’enseignant, l’éducateur et en amont, les parents, qui jouent un rôle décisif. Selon Maria Montessori, il n’est pas nécessaire de divertir sans cesse le jeune enfant. Il faudrait au contraire lui donner la possibilité de découvrir par lui-même ce qui l’intéresse. L’enseignant ne propose pas de programme et ne transmet pas de connaissances, il observe l’élève et interprète son comportement. Il est présent lorsque l’enfant veut apprendre quelque chose et prépare le matériel pédagogique nécessaire. Il laisse l’enfant décider ce qui l’intéresse, l’encourage à persévérer dans une activité et à la terminer.

Les enfants apprennent ainsi grâce à leur propre motivation, ils peuvent se concentrer sur leurs talents et leurs besoins et sont autonomes. Ils peuvent se développer à leur rythme et ne sont pas comparés les uns aux autres. Aucune note n’est donc nécessaire.

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Un, deux ou trois ?

L’autonomie implique également que les enfants puissent décider eux-mêmes. Ils prennent part à de nombreuses décisions qui les concernent – qu’il s’agisse d’une excursion commune, de la prochaine chanson que l’on a envie de chanter ou de quelle affiche il faudrait accrocher au mur de la classe. Dans le cadre de cette participation, les enfants reçoivent d’abord des informations et des explications détaillées pour se forger leur propre opinion. Ils sont ensuite invités à s’exprimer librement sur le sujet : leur opinion compte.

Ici, la difficulté réside dans le fait que les enfants ne peuvent pas encore décider de tout, car il faut respecter des normes et des valeurs fixes. Les décisions des enfants ne sont pas toujours réfléchies et sont très spontanées, car leur processus de développement n’est pas encore terminé. Toutes les situations ne s’y prêtent pas. L’équipe pédagogique doit donc évaluer dans quelle mesure elle tient compte de la volonté des enfants.

Si on laisse les enfants se développer librement, ils deviennent des êtres autonomes et auto-efficaces. Bien entendu, l’autodétermination implique aussi que l’enfant rencontrera des problèmes. Avec une différence toutefois : il devra les gérer lui-même, ils ne seront pas réglés immédiatement par les parents. Les enfants apprennent ainsi à chercher des solutions pour eux et pour les autres et surmontent les premières difficultés. Il peut aussi arriver qu’ils échouent, comme c’est aussi parfois le cas lorsqu’on est adulte. Ces expériences sont précieuses pour les enfants et les font avancer dans la vie.

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Consolider les compétences

La pédagogie Montessori ne s’appesantit pas sur ce qui manque aux enfants, mais sur leurs talents et leurs compétences, qu’il faut renforcer. Les adultes encouragent et stimulent les enfants de manière à ce qu’ils deviennent encore meilleurs dans les domaines qui leur plaisent. Il ne s’agit pas de féliciter l’enfant sans raison, mais d’exercer une influence positive en le soutenant honnêtement.

La pédagogie Montessori peut être appliquée tout de suite après la naissance. Au cours des six premières années, l’enfant est sensible aux stimuli de son environnement. C’est durant cette période que se développe sa personnalité, mais aussi ses compétences. Il fait alors preuve d’une grande volonté d’apprendre.

Non aux règles trop rigides

Maria Montessori est l’une des premières femmes à avoir fait des études de médecine et obtenu un doctorat. À la fin du XIXe siècle, elle met au point une nouvelle approche pédagogique centrée sur l’enfant en tant que personnalité. Elle veut surtout prendre ses distances avec les méthodes pédagogiques traditionnelles, constituées de règles d’apprentissage strictes, édictées par des adultes, et qui avaient peu de rapport avec la réalité de la vie des enfants.

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Le concept a porté ses fruits, car de nombreuses célébrités sont sorties des écoles Montessori : les deux princes de la famille royale britannique, le prix Nobel de littérature Gabriel García Márquez, l’artiste Friedensreich Hundertwasser et même Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook. Toutefois, tous les enfants ne sont pas à l’aise avec cette autonomie : apprendre par soi-même implique également de s’occuper du processus d’apprentissage et d’abandonner l’attitude habituelle de consommation. Cela peut parfois déstabiliser certains enfants.

Et pourquoi pas sans école ?

Le fils d’Arno Stern fait partie de ces enfants qui n’ont jamais été envoyés à l’école. Ses parents l’ont laissé se développer en totale liberté. Il a vécu une enfance heureuse et insouciante, car son parcours bien particulier lui a permis, par exemple, de ne jamais découvrir la peur des examens. Il a pu préserver sa confiance en lui-même, car il n’a jamais été comparé, n’a jamais eu à prouver quoi que ce soit. Ses parents n’ont pas exigé de lui qu’il apprenne quelque chose qui ne l’intéressait pas et il a ainsi pu se consacrer à des sujets qui le passionnaient. Il n’a appris à lire que très tard – ce qui a d’ailleurs causé de l’inquiétude à ses parents. Mais un jour, il a eu envie d’apprendre, car il en avait tout simplement besoin pour aller plus loin. II voulait savoir comment fonctionnait le train miniature qu’il avait démonté, mais il devait maîtriser la lecture pour obtenir d’autres informations. Il a donc appris tout seul à lire.

Globalement, apprendre était pour lui quelque chose d’accessoire. Il apprenait toujours lorsqu’il en avait envie. Le petit Français pouvait passer jusqu’à six heures par jour à travailler l’allemand, simplement parce que cela lui plaisait. Aujourd’hui, André Stern est luthier, musicien et auteur – et il maîtrise bien l’allemand. Ce qui l’a marqué dans son enfance, c’est la grande liberté dont il bénéficiait et la capacité à s’enthousiasmer.

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Que se passe-t-il si un enfant n’apprend rien ?

Que se passe-t-il exactement dans le cerveau lorsqu’on apprend ? Pour l’illustrer, il faut bien se rendre compte que le cerveau est déjà « fini » à la naissance. Toutes les cellules cérébrales sont déjà là. Ce qui manque, ce sont les connexions entre elles. Et c’est justement ce qui se passe lorsqu’on apprend : de nouvelles connexions, de nouveaux liens se créent. Lorsque nous pratiquons une activité, ces liens sont soit renouvelés, soit renforcés. C’est la raison pour laquelle il est si difficile de modifier ses connaissances : les liens déjà existants, qui représentent des habitudes, doivent être remplacés par de nouveaux. Si nous n’utilisons pas une partie de notre cerveau, car nous n’exerçons plus une activité, ces liens perdent de leur vigueur.

Ce qui est étonnant et en même temps important, c’est que la plupart des apprentissages se font durant les premières années. Un enfant apprend à pas de géant ; il acquiert beaucoup de connaissances et de nouvelles compétences. Ensuite seulement viennent les ajustements, les détails. Le cerveau régule le processus d’apprentissage des jeunes enfants en veillant à ce qu’ils commencent par enregistrer des choses simples, puis, progressivement, de plus en plus complexes. Au bout de quelques années, la vitesse d’apprentissage du cerveau diminue, pour que l’on puisse aborder petit à petit les contenus appris. À ce stade, le cerveau peut bien mémoriser les choses, pour longtemps – ce qui n’était pas le cas auparavant.

17 ans et déjà vieux

Les personnes âgées n’apprennent plus qu’à 10 % de la vitesse d’apprentissage des enfants. Et ici, l’expression « personnes âgées » désigne toutes celles de plus de 17 ans ! Le cerveau de ces « anciens » apprend certes de nouvelles choses, mais le processus s’est nettement ralenti. Il y a donc réellement du vrai dans l’expression « Qui jeune n’apprend, vieux ne saura ». De manière générale, les adultes s’approprient de nouvelles connaissances et compétences en faisant légèrement varier les liens qui sont déjà présents dans le cerveau.

Le saviez-vous ?

Le cerveau des jeunes mamans se transforme totalement, raison pour laquelle elles ne sont pas toujours au top de leur forme mentale dans les six semaines qui suivent l’accouchement.
Mais après ! Dès que le cerveau a terminé sa mue, il est plus performant qu’avant.

Un exemple éloquent de la manière dont fonctionne le cerveau : dès 7 mois, les bébés reconnaissent les structures globales de la langue, ils connaissent les premières règles de grammaire simples. Ils n’ont pas eu à les apprendre activement, leur cerveau les a acquises en passant. À six ans, un enfant maîtrise toutes les règles grammaticales, simplement parce qu’il a été baigné dans sa langue maternelle durant toute cette période. Les jeunes enfants apprennent donc sans problème une langue étrangère. Au contraire, quelqu’un de 70 ans qui ne parle qu’une seule langue éprouvera des difficultés. Une autre personne du même âge, qui parle déjà quatre langues étrangères, peut en apprendre une autre relativement facilement et rapidement, parce qu’elle a recours à des connexions cérébrales déjà établies. Elle n’a pas besoin de six ans d’apprentissage comme un enfant.

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Une boîte à chaussures paradoxale

Manfred Spitzer qualifie notre cerveau de « boîte à chaussures paradoxale » : plus nous la remplissons pendant l’enfance, plus elle pourra en contenir plus tard. Les enfants devraient donc commencer très tôt à apprendre, mais ils devraient surtout apprendre les bonnes choses. Plus tôt les parents ou les éducateurs interviennent dans le développement de l’enfant et stimulent les processus d’apprentissage, mieux c’est. En effet, les structures cérébrales qui n’ont pas été créées avant 17 ans sont très difficiles à former. C’est précisément la raison pour laquelle il est si dramatique que les enfants de certains pays ne bénéficient pas d’une éducation, car ils doivent soutenir financièrement leur famille très tôt.

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Le saviez-vous ?

Il est judicieux d’apprendre au maximum douze heures avant de dormir. Si nous avons vraiment compris ce que nous voulons apprendre, notre cerveau procédera lui-même aux répétitions nécessaires et fera le tri. Il est donc particulièrement important de dormir davantage en période d’examens. En cas de manque de sommeil, toutes les données ne sont pas transférées de la mémoire à court terme au cerveau : les efforts de mémorisation sont alors en partie vains.

C’est à la crèche, à l’école maternelle ou élémentaire que se déroule le type d’apprentissage qui aura un impact sur notre vie ultérieure. Les équipes enseignantes et éducatives y posent les fondements de l’apprentissage tout au long de la vie. Les connaissances devenant obsolètes de plus en plus rapidement, il est important de donner envie aux enfants d’apprendre en continu et de les y préparer. Celles et ceux qui sont capables d’apprendre et restent curieux s’en sortiront bien dans le monde d’aujourd’hui, notamment le monde du travail. Malheureusement, ces compétences essentielles ne sont pas encore transmises à l’école.

Priorité à la maternelle

Les débuts étant décisifs, il faudrait poser les fondements de l’apprentissage tout au long de la vie dès l’école maternelle. En Allemagne, cet objectif est difficile à atteindre, car les éducateurs sont moins payés que la moyenne. Par rapport à un professeur d’université, un enseignant du primaire gagne lui aussi nettement moins, bien que son travail soit, au vu de ce qui précède, infiniment plus important. Le fait que l’école maternelle soit payante en Allemagne – contrairement à la France – est également problématique.

Le système est perfectible, comme le prouve notamment le fait, évoqué au début de cet article, qu’un nombre relativement important d’enfants n’obtient même pas un diplôme essentiel comme le brevet des collèges.

L’utilisation des outils numériques lors des premières années est un sujet qui revient fréquemment en matière d’éducation précoce : faut-il s’en servir ou pas ? La réponse du neurobiologiste Manfred Spitzer est claire : c’est non. Les très jeunes enfants ont besoin de stimulations sensorielles : ils veulent sentir, goûter, toucher. Les tablettes et les ordinateurs portables ne le leur permettent pas. Les jeux de doigts sont une bien meilleure alternative. Les doigts permettent d’apprendre à compter : d’un point de vue neurobiologique, les mains sont liées aux chiffres. Des expériences scientifiques ont pu prouver qu’apprendre à compter à l’aide des doigts influe de manière non négligeable sur la manière dont nous gérons ensuite les nombres, en tant qu’adultes. Ces méthodes d’apprentissage traditionnelles doivent donc indiscutablement être conservées.

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Et maintenant ?

Vous vous demandez certainement ce qu’il faudrait faire, comment nos enfants pourraient apprendre plus intelligemment ? Tout d’abord, les méthodes d’enseignement actuelles devraient être complètement révisées au vu de ce qui précède. Elles ne fonctionnent qu’en partie. Dès lors qu’une méthode est reconnue comme obsolète ou inefficace, il est en tout cas conseillé d’en changer. Il serait déjà positif d’abolir toute compétition et de former les enfants pour en faire des êtres curieux, créatifs et avides de savoir. Des êtres qui s’adonnent à ce qui les intéresse. Car ceux qui ont le droit de faire ce qu’ils savent faire de mieux finissent par exceller dans ce domaine. Tout le monde y gagnerait.

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Pourquoi avons-nous écrit cet article ?

Chaque jour, nous nous intéressons à ce dont les enfants ont besoin pour bien grandir, à ce qui leur fait du bien tout en leur faisant plaisir. Toutes ces connaissances sont intégrées au développement de nos produits. Car pour construire des jeux réellement satisfaisants, il faut bien connaître les enfants et leurs besoins. Et nous sommes assez contents du résultat.

Piscine à balles QUADRO

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